Tes trois ans

trois ans maman enfant

Il y a exactement 3 ans jour pour jour et heure pour heure tu venais au monde. C’était le plus beau moment de ma vie mais je ne le savais pas encore parce que j’étais complètement gelée par les sédatifs qu’on m’avait administré en prévision de ma césarienne d’urgence. Au moment où on m’ouvrait le ventre, mes deux principales sources d’intérêts étaient de savoir à quel moment je serais enfin autorisée à boire un verre d’eau et qui était en mesure de me gratter le nez car j’avais les bras attachés en croix comme Jésus.

Je ne t’ai pas entendu crier comme dans les films lorsqu’ils t’ont extirpé de mon utérus fendu en deux. Si tu l’as fait, je n’y ai pas porté attention. J’étais complètement à côté de mes souliers. J’avais attendu ce moment pendant 9 mois et maintenant qu’il se présentait, c’est un pichet d’eau que je voulais. Tu as eu des difficultés respiratoires à la naissance et ils t’ont amené en néo-natalité par précaution. Deux heures plus tard, je faisais officiellement ta rencontre à la fois fascinée, émerveillée et complètement effrayée. La larme post-partum à l’oeil, je t’ai fait la promesse d’être toujours là pour toi. Quand j’y pense, ta venue est à l’image de la suite des choses et de la vie en général; rarement comme on l’avait imaginé et à la fois remplie de moments de déception et de grands bonheurs.

Pendant les deux années qui ont suivies, ton Papa et moi avons tenté de recoller les morceaux d’un casse-tête qui n’avait finalement jamais été assemblé et dont il manquait vraisemblablement des pièces à l’origine, rendant le résultat final incomplet et peu satisfaisant. Nous avons donc décidé d’un commun accord qu’il valait mieux séparer les pièces en parts égales et repartir à zéro. Comme nous ne pouvions pas aussi te séparer en deux, il a fallu se rendre à l’évidence que nous devrions se passer de toi en alternance. Cette idée m’était complètement insupportable. J’étais, bien franchement, incapable de me figurer que je pourrais survivre à ton absence. C’est fou, comme l’humain s’adapte. Ou tente de le faire.

Toi, mon grand, tu as fait ça comme un champion. Tu es resté le même petit garçon, toujours aussi souriant, affectueux, conciliant et brillant. Tu as accepté, du haut de tes deux ans, de vivre dans ta valise. De te réveiller chez Papa et de t’endormir chez Maman sans même un pleur ou une protestation. De te plier aux règlements qui changent, aux routines bien différentes, aux menus qui ne se ressemblent pas et se répètent parfois, au nouveau copain et à la nouvelle amoureuse, à Maman qui vient te chercher à la garderie alors que tu attendais Papa, à Noël avec l’un ou l’autre à la fois et à vivre tous les moments de ta vie sans jamais les partager avec l’un et l’autre en même temps.

Moi, je n’y arrive pas aussi bien. Toutes les fois que « ma semaine » se termine et que je te dépose à la garderie, j’ai l’impression de laisser mon bras, mon genoux, la tiers de mon estomac et la moitié de mon coeur dans ta petite valise. Mais je ne veux pas que tu sentes leur poids quand tu la soulèveras alors je te souris de toutes mes dents en t’embrassant et je cours fondre en larme dans la voiture. Toutes les fois. Depuis un an. J’ai accepté beaucoup de choses dans la dernière année mais j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir pour accepter de manquer à ma promesse d’être toujours là pour toi.

Ton sourire me rassure parce que je sais que tu es heureux malgré les choix que nous avons faits et que nous t’avons imposés. Ton coeur est tellement grand qu’il saura toujours nous aimer même s’il préférera certainement parfois que nous ayons fait des choix différents. Tu es le plus fort de nous tous et tu me manques aujourd’hui plus que jamais.

Bonne fête mon amour, on se voit lundi.

Je t’aime.

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